Pascal DELWIT

Pouvez-vous nous dire quel a été votre parcours étudiant ? Avez-vous été actif dans des associations étudiantes ?

Je suis rentré à l’ULB en 1980 pour y suivre un parcours en Science politique. A partir de 1981, j’ai milité aux étudiants communistes. Avec d’autres, j’ai créé VidéoPol (Video et politique). Une fois par mois, nous projetions une vidéo, qui était le point de départ d’un débat suivant la projection. J’ai aussi été impliqué dans des convois de solidarité avec la Pologne, à la suite du coup d’État de Jaruzelski en 1981, et dans le mouvement pour la libération de Nelson Mandela.

Quel regard portez-vous sur l’engagement étudiant actuel ? (Cercles facultaires et folkloriques, Bureaux étudiants, Associations militantes, etc.) Comment comptez-vous valoriser cette richesse de notre Université ?

Il me semble qu’il y a une relative continuité dans le chef des cercles étudiants et des bureaux d’étudiants dans leurs missions et leur mode de fonctionnement. En revanche, il me semble qu’il y a des changements chez les associations militantes. A l’une ou l’autre exception près, les cercles politiques classiques sont beaucoup moins actifs. D’une certaine manière, c’est en phase avec ce que j’observe dans le chef des partis. Mais, d’autres formes d’investissement se sont affirmées sur certaines thématiques – défense des droits et libertés, de la communauté LGBTQIA+, pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pour l’aide et le soutien aux réfugié·es,… En parallèle, il m’apparaît qu’il y a moins d’activités sur des grandes controverses internationales, mais certaines thématiques se sont imposées dans le débat : la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique bien sûr, le regard sur la colonisation/décolonisation, l’hypothèse du renouveau des religions…
Les deux axes classiques d’associations étudiantes – folklorique/de cercle militant-culturel – sont à mes yeux partie intégrante de la vie de l’ULB et de l’apprentissage à l’Université. C’est donc peu de dire que je les valoriserai tout en veillant à ce que les dynamiques soient toujours fondées sur le respect des personnes et le refus de toute forme d’humiliation, sur la participation volontaire et, dans le débat, sur l’écoute de l’autre et l’échange de points de vue.

Quel est votre parcours académique au sein de notre Alma Mater ? Qu’enseignez-vous actuellement ?

Depuis ma nomination, j’ai enseigné entre 4 et 5 cours chaque année. Et, je suis dans une trentaine de jurys de mémoire par an. J’ai régulièrement changé d’enseignement dans le cadre de la coordination pédagogique de ma filière (SciencePo ULB) pour ne pas devenir trop mécanique dans mes enseignements. Aujourd’hui, cela va d’un cours en BA1 (très grand auditoire) au Master à horaire décalé, avec une population étudiante au profil légèrement différent de celui des étudiant·es en cours de jour.

Comment définiriez-vous les valeurs de l’Université et le principe du libre examen en 2020 ? Quelles places devraient-ils avoir aujourd’hui dans l’enseignement à l’ULB ?

A mes yeux, il y a un certain nombre de valeurs essentielles. Il y a d’abord l’idée d’une université au service du public, qui lutte contre l’obscurantisme sous toutes ses formes, par le développement des connaissances et des savoirs scientifiques et leur diffusion la plus large. Il y a ensuite l’idée d’une université ancrée dans la valorisation du progrès social, de la solidarité, de la fraternité, de l’égalité entre les femmes et les hommes, et de l’émancipation. Cette dernière passe en particulier par l’apprentissage de la méthode critique, pilier du libre examen. Dans la période contemporaine, nous devons nous engager, implacablement, dans la défense de la démocratie et des droits humains contre les idéologies de l’autoritarisme, de la violence, de la haine et de l’exclusion. Nous devons aussi être pleinement investis dans la transition écologique, le développement durable, la diminution de nos déchets et de nos émissions polluantes. L’ensemble de ces éléments ne doit pas être une dimension distincte de nos trois missions, il doit en être partie intégrante et au cœur de notre action quotidienne.

À cet égard, quel rôle l’Université doit-elle jouer dans la Cité ?

L’ULB est un acteur important dans la cité. Elle doit être une protagoniste de premier plan dans l’animation du débat sur la base de la méthode critique, de l’argumentation rationnelle et du respect des personnes, toutes choses ébranlées dans la situation actuelle. Elle doit aussi être une actrice clé dans la promotion et la diffusion du savoir scientifique mais aussi de la culture , dans toutes ses dimensions. Par expérience personnelle, il me semble que la culture concourt à trois choses cruciales : a) l’émotion de la découverte, qui est essentielle et magique, b) l’émancipation et le fait de penser par soi-même et c) le fait d’aller vers l’inconnu et l’autre. C’est ce que je considère être la facette universalisante de la culture. Elle nous permet de dépasser nos périmètres de pensée, nos « frontières » habituelles. A l’heure d’une rétraction ethnocentriste forte, c’est une dimension tout-à-fait essentielle.

De façon globale, quelle est votre analyse quant à l’évolution de l’Université ces dernières années ?

L’ULB offre des atouts incontestables : une qualité des recherches et des apprentissages reconnue, une attractivité confirmée et la très grande qualité des personnels qui y travaillent. Les marques de reconnaissance sont nombreuses. Son ancrage bruxellois à titre principal, dans la capitale européenne et internationale, apporte une valeur ajoutée bien sûr.
Mais, l’ULB est aussi confrontée à des défis qu’il faut rencontrer. Un certain nombre de processus dans les décisions et leur mise en œuvre peuvent être améliorés. De manière générale, le niveau des infrastructures et, parfois, des équipements est en-deçà de nos ambitions et de ce que pourrions atteindre tant sous l’angle scientifique que pédagogique. Une amélioration du système informatique s’imposait. Elle est en cours. Et bien sûr, pour une part, notre rapport à notre environnement a évolué. Les termes des choix d’une Université pour une partie des étudiant·es ou des personnels ont considérablement changé. Les Universités ou Hautes écoles néerlandaises, françaises, britanniques pour ne citer qu’elles sont aujourd’hui de possibles options d’évidence pour certain·es. Ceci ramène à un défi crucial : le financement. Nous sommes encore très en-deçà d’un financement au moins satisfaisant dans le chef de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous sommes encore très loin du pourcent de PIB consacré à la recherche que devraient financer les pouvoirs publics. Par ailleurs, l’hypothèse d’une révision du paysage institutionnel belge doit nous alerter. L’horizon d’un transfert des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux Régions est un danger. La loi spéciale de financement est structurellement défavorable à la Région de Bruxelles-capitale alors que celle-ci devrait alors prendre en charge trois hôpitaux universitaires (Clinique Saint-Luc, l’UZ VUB et l’hôpital académique Erasme) et cinq universités (KUB, VUB, UCL, Saint-Louis et l’ULB). C’est un point d’attention fondamental.

La crise sanitaire aura été, à bien des égards, un révélateur. Qu’a-t-elle révélé sur l’enseignement universitaire et comment voyez-vous l’après Covid-19 à l’ULB ?

La crise sanitaire a révélé le meilleur de nous-mêmes. Les personnels de l’hôpital académique Erasme, des hôpitaux de la ville de Bruxelles et du réseau hospitalier proche de l’ULB se sont mobilisés de façon absolument extraordinaire. A leurs côtés, la communauté de l’ULB, l’UAE au premier rang, s’est engagée de manière admirable dans des actions de solidarité et de soutien. Le personnel académique, scientifique et le PATGS se sont pleinement investis sur tous les campus pour assurer la continuité des apprentissages et de la recherche, souvent dans des conditions très complexes. Cela a été vraiment très dur, y compris pour moi. Mais, mon premier regard est la fierté et la reconnaissance. Comme en toute expérience, on apprend beaucoup. Pédagogiquement, certaines expériences ont été très positives. A titre personnel, j’ai pu faire des permanences en ligne pour grands auditoires. Et cela a été très utile. Il y a eu aussi beaucoup d’appauvrissements ; dans certains apprentissages, dans la dynamique démocratique, dans toutes les dimensions informelles.
L’après Covid est un horizon fuyant. Quatre principes me guideront les prochains mois : 1. Veiller à la santé du personnel académique et scientifique et du PATGS et de la communauté étudiante. Il n’y aura pas d’expérimentation sanitaire ; 2. Permettre aux primo-arrivant·es en BA1 d’avoir du présentiel. Il serait terrible que des élèves qui ont terminé leur secondaire en distanciel commencent à l’Université quasiment qu’en distanciel ; 3. Assurer au maximum en présentiel les dimensions pratiques des apprentissages (TP, TD, séminaires, laboratoires, fouilles…), moyennant bien sûr un protocole sanitaire très strict ; 4. Préparer, dès la rentrée, toutes les conditions d’une session en présentiel en janvier 2021. Ce serait très problématique d’avoir une troisième session d’évaluation presque exclusivement en distanciel. Cela nécessitera un grand travail de préparation, mais nous nous mobiliserons pour y arriver.

Quels sont les points phares de votre programme que vous développerez prioritairement ?

Il s’agit de mieux penser et simplifier la carrière du personnel académique. Il faut simplifier la note carrière, retirer ses effets pervers et les effets d’autocensure, qui touchent au premier chef les enseignantes. Je propose d’augmenter de 50% les promotions aux rangs de professeur·e et professeur·e ordinaire. Une solution claire et homogène sera mise en œuvre pour les mandataires définitifs du FNRS qui acceptent une charge d’enseignement. Le bien-être au travail sera au cœur de l’action de l’institution et une procédure claire sera mise en place dans la lutte contre toute forme de harcèlement. En recherche, je renforcerai les dynamiques vertueuses et collaboratives. Concrètement, j’augmenterai les moyens du projet plateformes, j’amplifierai la politique de logisticien·nes de recherche et je mettrai en œuvre une rétrocession partielle de l’overhead sur les contrats de recherche. Je m’investirai pleinement pour faire du Grand hôpital universitaire de Bruxelles (GHUB) le beau et grand projet qu’il mérite d’être. Rééquipé, modernisé, attractif pour les patient·es et les personnels, le GHUB sera ancré dans les trois missions des hôpitaux universitaires : les meilleurs soins à la patientèle, une formation de haut niveau et des recherches de pointe. Et nous travaillerons sur le projet New BA pour rendre les études encore plus attractives et la transition du secondaire vers l’Université plus aisée pour les étudiantes et les étudiants. Une attention toute particulière sera portée à la défense des intérêts de l’ULB vers les autorités publiques et les partenaires extérieurs. Avec, tous ses ami·es, nous améliorerons encore le rayonnement de notre institution et les valeurs qu’elle porte fièrement.

Quelle politique comptez-vous mener avec l’UAE et les associations postfacultaires et quel rôle voyez-vous pour les Ancien.ne.s au sein de l’Université ?

L’UAE, les associations postfacultaires et la communauté des alumni de l’ULB sont des protagonistes de l’action de l’ULB à tous les niveaux, tant en amont qu’en aval. Des orientations, des politiques, des combats sont conçus de conserve et se mènent ensemble. L’exemple de la mobilisation pendant la crise sanitaire en apporte un éloquent et émouvant témoignage. Dans l’idée que je m’en fais, l’ULB n’est pas un lieu d’une période éphémère de sa vie. C’est une initiation à une nouvelle vie. L’ULB nous forme, nous transforme, nous rend meilleur·e. Il y a un lien inextricable qui se noue. Et l’UAE est une pièce centrale de la perpétuation de ce lien, de même que dans le soutien qu’elle apporte aux étudiant·es entrants ou sortants. L’UAE et les associations postfacultaires sont aussi des actrices fondamentales dans tous les combats que nous menons. Et, malheureusement, nous devons lutter ardemment dans la période contemporaine. Et, bien sûr, l’UAE et les associations postfacultaires sont d’une aide inestimable dans la défense des intérêts de l’institution dans la cité. Notre relation restera étroite. Plus étroite encore, d’ailleurs.


La question que vous auriez eu envie que l’on vous pose et votre réponse à cette dernière ?

Pourquoi vous représentez-vous après avoir échoué en 2010 ?
A l’été 2019, à la lumière d’une clarification sur les candidatures potentielles et de nombreuses sollicitations, j’ai pris le temps de la réflexion et j’ai consulté beaucoup de personnes. Ce ne fut pas une décision facile. Vraiment pas. Mais, j’ai estimé être le mieux placé pour répondre aux défis qui se posent à l’ULB.
L’épreuve vécue il y a dix ans m’a changé. J’ai donc entrepris ce cheminement d’une façon renouvelée, à la fois plus sereine, plus optimiste, plus ouverte et plus collaborative.
Sur le plan des valeurs que nous portons que l’on peut résumer au fond par le triptyque Liberté, égalité, fraternité, les menaces et les reculs sont grands.
Je suis très attaché à l’émancipation sociale et culturelle. Venant d’un milieu populaire où l’Université était un impensé et un inconnu, j’ai eu la possibilité de passer outre aux déterminismes sociaux et culturels. L’ULB m’a très largement permis cette émancipation culturelle et sociale. Je lui en suis et en serai éternellement redevable. Cela ne s’oublie pas.
Mon évaluation est que l’ULB a bien des atouts mais fait aussi face à des fragilités et des risques d’un point de vue extérieur et intérieur. Avec l’équipe, je veux rencontrer ces risques et fragilités, les conjurer et les résorber. J’ai le profil et l’expérience.
Mon action sera tout entière portée sur la volonté de transmettre une Université toujours plus forte et dynamique dans ses missions, toujours plus engagée dans la promotion de ce qui fonde notre identité ; une Université agissant avec rigueur, professionnalisme et détermination face aux défis qui se posent à elle ; une Université respectée en dehors de ses murs ; une Université de bien-être au travail pour toutes et tous.

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