Conférence de Lambros Couloubaritsis : « La violence narrative »

Conférence de Lambros Couloubaritsis : « La violence narrative »

La présence massive de la violence sur notre planète n’a cessé d’interpeller les chercheurs, alors qu’aucune analyse rendant compte de toutes ses manifestations n’a été élaborée. Cette absence est due à l’idée que la violence concerne surtout le corps et la forme physique pour dominer, tuer, détruire ou endommager, concrétisée par des actes qui provoquent des douleurs corporelles et des souffrances psychiques.
Cette thèse fait rarement allusion à la violence narrative qui, d’une part, agit d’une façon performative dans les dialogues, par la menace, la colère ou l’incitation à la violence, et, d’autre part, raconte la violence par une variété de récits et d’images, impliquant des souffrances morales, lesquelles expriment les violences ou les causent. Or la narration fait également état de violences au moyen de la fiction, parfois sans aucun rapport au réel, conférant à la violence le statut d’un schème, — un modèle empirique utilisé de façon déréalisée et fonctionnelle —, créant un monde imaginaire, qui produit un nombre illimité de narrations.
L’exposé, riche et varié, traverse presque tous les domaines de la parole vivante. Il illustre comment le schème de la violence régule la mythopoétique depuis le monde archaïque jusqu’au cour de la littérature actuelle, enrichie par les moyens techniques qui contribuent au développement du septième art (cinéma), des arts suivants (photographie, télévision, bande dessinée, jeux vidéo, multimédias) et des réseaux sociaux, déroulant une mythotechnique fascinante, mais inquiétante à cause de la profusion de la violence narrative qui divertit des milliards d’êtres humains.
L’auteur montre que si cette pratique pose depuis longtemps le problème de l’origine et de l’impact de la violence narrative dans la vie et les cultures hautaines, notre civilisation a néanmoins réussi à quelques reprises à dépasser les violences physiques par de nouvelles cultures, comme les jeux panhelléniques et la démocratie antique, les Lumières, l’Etat de droit et le commerce à l’époque moderne, les droits de l’homme et le projet européen depuis la seconde guerre mondiale.
L’auteur conclut, en prenant pour guide la question des souffrances qui y est impliquée, que notre contemporanéité, qui associe le monde technico-économique et les aspirations démocratiques, requiert une nouvelle culture. La proposition qu’il fait est de prendre la souffrance comme mesure des actions et de promouvoir l’esprit critique et l’émulation au détriment des rivalités intempestives, avec comme repère les émulations ludiques, éducatives et politiques qui avaient aidé à dépasser les violences, afin de réaliser une interculturalité et une vigilance environnementale, capables de réguler, en plus de la violence physique, les violences verbales et narratives.

 

Biographie de Lambros Couloubaritsis

Lambros Couloubaritsis est professeur émérite à l’Université Libre de Bruxelles, membre
de l’Académie royale de Belgique et docteur honoris causa de six universités. Il a enseigné
comme professeur visiteur dans plusieurs Universités européennes. Ses recherches ont
porté, d’abord, sur la philosophie ancienne et médiévale, ainsi que sur la métaphysique. En
parallèle, il a travaillé sur les problèmes du mythe, du rite et des doctrines chrétiennes.
Depuis 2000, il se consacre surtout à la philosophie contemporaine et aux problèmes
d’actualité (proximité, souffrance humaine, complexité et violence).
Il a publié plus de 220 études, et plusieurs livres sur Parménide et Aristote, deux
histoires de la pensée (Aux origines de la philosophie européenne, De Boeck, 2003 4 (1992)
et Histoire de la philosophie ancienne et médiévale, Grasset, 1998) et plusieurs essais aux
Editions Ousia (La proximité et la question de la souffrance humaine, 2005 ; La philosophie
face à la question de la complexité. Le défi majeur du 21 e siècle, en 2 volumes, 2014 ; La
complexité de la franc-maçonnerie, 2018, une deuxième ). Vient de paraître La violence
narrative, Ousia, Bruxelles, 2019.
Comme enseignant il a eu plus de 30.000 étudiants et dirigé de nombreuses thèses.
Parmi ses élèves et ses collaborateurs, 20 furent ou sont nommés dans des Universités en
Belgique et dans le monde (Japon, Iran, République Démocratique du Congo, USA,
Canada, Angleterre, Espagne, Allemagne).

 

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Fév 07 2020

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19 h 30 min - 22 h 00 min
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